(2027) Max Bruch Scottish Fantasy, Op. 46 & Violin Concerto No. 2, Op. 44
Catégorie(s): Concerto Orchestral
Instrument(s): Violon
Compositeur principal: Max Bruch
Orchestre: Sinfonia Varsovia
Chef: Laurent Zufferey
Nb CD(s): 1
N° de catalogue:
CD 3154
Sortie: 19.02.2027
EAN/UPC: 7619931315423
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MAX BRUCH: Concerto pour violon No. 2 en ré mineur op. 44 - Scottish fantasy
À un ami qui lui demandait pourquoi, alors qu’il était excellent pianiste, il ne composait pas davantage pour le piano et s’intéressait autant aux cordes, en particulier au violon, Max Bruch répondit : « c’est parce que le violon sait faire chanter une mélodie mieux que le piano, et la mélodie, c’est l’âme de la musique ». Né à Cologne le 6 janvier 1838, fils d’un officier de police, il reçoit sa première éducation musicale de sa mère, chanteuse, se fait remarquer par ses premières compositions dès l’âge de neuf ans. Cinq ans plus tard, il remporte un prix qui lui permet d’étudier auprès de Ferdinand Hiller, Carl Reinecke et Ferdinand Breunung. Après un premier opéra dont la version orchestrale est perdue, il se fait connaître par son opéra Die Loreley, composé sur le livret d’Emanuel Geibel – sur lequel travaillait Felix Mendelssohn avant sa mort prématurée – ainsi que par sa cantate Frithjof. Nommé maître de chapelle de Coblence en 1865, où il passera deux ans, il y écrit son premier concerto pour violon, op. 26 en sol mineur, dont le succès est immédiat. Dès 1870, il quitte son poste de maître de chapelle de Sondershausen pour se consacrer à la composition et à la direction à Berlin. Par la suite, il sera engagé comme directeur musical à Liverpool (1878-1880), ce qui témoigne de sa réputation européenne, puis devient dès les années 1890 un professeur réputé de composition au Conservatoire de Berlin où il comptera parmi ses élèves Ottorino Respighi ou Ralph Vaughan Williams.
C’est en 1871 qu’il rencontre à Zürich Pablo de Sarasate. Il l’invite alors à Francfort où le célèbre violoniste espagnol enthousiasme le compositeur, qui raconte ce concert en ces termes, lettre du 18 février 1877 : « Lui au violon, moi à la direction. Partout, le public était en délire; je n’avais jamais rien vécu de tel. Si le terme « s’enthousiasmer » est permis, alors je dirais : je suis enthousiasmé par ce Pablo. Un violoniste extraordinaire et un homme charmant. Je composerai encore pour lui – c’est certain ». Dès le mois suivant, il annonce à son éditeur Fritz Simrock qu’il a déjà des idées pour un nouveau concerto pour Sarasate à l’occasion de sa prochaine tournée européenne. Le compositeur et l’interprète se rencontrent à plusieurs reprises, à Baden-Baden et Londres, apportant diverses modifications à l’oeuvre qui sera créée, dans sa version manuscrite, à Londres, au Crystal Palace, le 4 novembre 1877. Si le concerto reçoit un chaleureux accueil du public, Max Bruch est affecté par les nombreuses critiques reçues, et, suivant divers avis, modifie son oeuvre à plusieurs reprises avant son impression définitive : « Je suis profondément contrarié et je ne souhaite plus entendre parler, dans les jours à venir, de ce concert et de son cortège inévitable de méchancetés et d’insultes de toutes sortes, qui ont ruiné mon oeuvre dès le début », écrit-il à son éditeur le 28 janvier 1878.
De fait, ce concerto, par sa structure, a de quoi décontenancer. Il aurait été inspiré par le contexte politique espagnol et les guerres carlistes qui lui confèrent sa couleur dramatique et passionnée. Le premier mouvement surprend par son indication de tempo Adagio ma non troppo, à 4/4, de forme sonate, là où l’on attend un premier mouvement rapide. Le soliste, véritable personnage, semble improviser le premier thème, rêveur, comme une longue cadence, soutenu par un orchestre sombre ponctué par les timbales, tandis que le second thème, lancé par un épisode plus martial aux bois, déroule une rêverie en fa majeur sur le tapis des cordes. Le développement rappelle l’alto d’Harold en Italie de Berlioz, par son violon qui semble flotter au-dessus de l’action, comme s’il la commentait, avant la réexposition dans laquelle les doubles cordes ont un rôle plus dramatique que virtuose, puis vient l’apaisement de la cadence. Selon le musicologue Wilhelm Altmann, le premier thème représenterait les guerriers tombés au combat et le second une femme cherchant son amant parmi les morts. Le deuxième mouvement, Recitativo, allegro moderato en si bémol majeur à 4/4, prend la forme d’un récitatif, d’une cadence, puis, après une section marquée par un rythme bacchique (brève, longue, longue), une fantaisie, en quatre sections. Enfin, le troisième mouvement, Allegro molto à 3/8 est de forme rondo-sonate et met en valeur un dialogue entre le tutti et le soliste, avant un développement virtuose.
Ce concerto révèle donc un goût pour la fantaisie que l’on retrouve dans sa Fantaisie écossaise op. 46 intitulée « Fantaisie pour violon avec orchestre et harpe utilisant librement des mélodies populaires écossaises ». Max Bruch appréciait les romans de Walter Scott et adorait les mélodies populaires et folkloriques : il compose en 1863 un recueil pour voix et piano de Douze chansons populaires écossaises et c’est durant cette même période, dirigeant le Stern’schen Gesangsvereins de Berlin, choeur comptant de nombreux chanteurs de confession juive, qu’il écrit son célèbre Kol Nidrei pour violoncelle et orchestre. Il se servira également de mélodies suédoises et russes. C’est également à l’intention de Pablo de Sarasate qu’il compose, durant l’hiver 1879-1880, la Fantaisie écossaise. Certains y ont vu un Concerto non avoué : « On ne saurait vraiment parler de concerto, répondait Max Bruch, à cause de la liberté totale avec laquelle l’ensemble est construit, et aussi parce qu’il y a l’emploi de mélodies folkloriques. » Après une introduction solennelle vient un Adagio cantabile en mi bémol majeur dont le thème est la ballade Auld Robin Morris qui raconte une histoire d’amour impossible. Suit un Allegro rapide à 3/8, dans lequel l’on retrouve la mélodie The Dusty Miller, à l’origine danse instrumentale avant d’être reprise par le poète Robert Burns en 1788, et dont le caractère humoristique se retrouve dans le dialogue entre la flûte et le soliste. L’Andante sostenuto à 4/4, en la bémol majeur qui suit doit lui être enchaîné. Il évoque la chanson I’m a’down for lack o’Johnnie, air traditionnel très ancien racontant la mélancolie d’une jeune fille. Enfin, le Finale, noté « Allegro guerriero », à 4/4, par le compositeur reprend un célèbre hymne patriotique, Scots wha hae where Wallace bled, évoquant le choix entre la liberté et l’esclavage et le souvenir de ceux qui ont versé leur sang dans ces combats.
Max Bruch est resté dans l’histoire le compositeur d’un seul concerto ; il se plaignait amèrement du succès de son premier concerto qui éclipsa les deux autres : « Je ne peux plus entendre ce concerto – ai-je donc seulement écrit ce seul concerto ? Allez et jouez donc enfin les autres concertos, qui sont tout aussi bons, sinon meilleurs ! » écrivait-il. Par ailleurs, exact contemporain de Brahms, et de la même esthétique, il a longtemps souffert de la comparaison avec celui qui écrivit, selon Hanslick, la « dixième symphonie » de Beethoven. Enfin, on lui reproche son anachronisme, sa fidélité au langage romantique d’un Mendelssohn ou d’un Schumann, alors que nombre de ses oeuvres sont contemporaines de celles d’un Ravel, d’un Debussy ou de Stravinsky – même si ses partitions opératiques, comme Arminius ou Odysseus ont connu un certain succès. C’est oublier son talent de mélodiste, son don pour créer de longues phrases musicales dont l’aspect naturel rappelle les qualités expressives de la voix humaine. Et cet enregistrement est un jalon dans la reconnaissance du talent lyrique et expressif du compositeur.
Bénédicte Gandois
OLEG KASKIV
Le violoniste ukrainien Oleg Kaskiv s’inscrit dans une tradition musicale étroitement liée à Yehudi Menuhin et Alberto Lysy. Depuis près de trois décennies, la Suisse occupe une place centrale dans sa vie artistique, aux côtés de ses racines musicales ukrainiennes et d’une carrière internationale de soliste, chambriste et artiste d’enregistrement.
Né à Kremenets, en Ukraine, en 1978, il reçoit sa première formation musicale à l’École spécialisée de musique Solomiya Krushelnytska de Lviv, avant de poursuivre ses études à l’Académie nationale de musique de Lviv auprès de Tetiana Syrotiuk et Bohdan Kaskiv. Une étape décisive survient en 1996, lorsqu’il s’installe en Suisse pour rejoindre l’International Menuhin Music Academy, fondée par Yehudi Menuhin. Il y étudie auprès d’Alberto Lysy, proche disciple et collaborateur artistique de Menuhin, dont les idéaux musicaux et l’approche du violon exerceront une influence durable sur son propre développement artistique.
La reconnaissance internationale vient à travers plusieurs grands concours. Il devient lauréat du Concours Reine Élisabeth de Bruxelles, du Concours international de violon de Montréal, du Concours Louis Spohr de Weimar et du Concours David Oistrakh d’Odessa. Son activité de soliste l’amène à se produire avec de nombreux orchestres, parmi lesquels l’Orchestre National de Belgique, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre symphonique de Zurich, l’Orchestre symphonique de Baden-Baden, le Gstaad Festival Orchestra, la Camerata de Lausanne et la Camerata Lysy.
L’enregistrement occupe également une place importante dans sa vie musicale. Sa discographie comprend les Octuors de Mendelssohn et Doráti avec la Camerata Lysy (DINEMEC) ; The Colours of Antonio Stradivari, enregistré sur le Stradivarius « Szigeti » de 1718 (Claves) ; les octuors de Svendsen et Bruch (Claves) ; le Concerto pour violon de Beethoven avec le Gstaad Festival Orchestra (Claves) ; les concertos pour violon de Pierre Wissmer avec Sinfonia Varsovia (Claves) ; ainsi que The Colours of Giuseppe Guarneri del Gesù, consacré aux Six Sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe (Claves).
L’International Menuhin Music Academy est restée au coeur de son parcours musical. Après y avoir terminé ses études, il rejoint le corps enseignant et assume progressivement un rôle majeur dans la transmission de la tradition du violon héritée de Menuhin et Lysy. Aujourd’hui, en tant que Directeur artistique et Professeur de violon, il associe sa carrière d’interprète à la formation d’une nouvelle génération de musiciens. Ses élèves ont remporté des prix dans de grands concours internationaux et poursuivent des carrières de solistes ou de musiciens au sein d’orchestres de premier plan.
SINFONIA VARSOVIA
Sinfonia Varsovia est un ambassadeur de la culture musicale polonaise depuis sa création. Ses voyages internationaux comprennent des milliers de rencontres avec des chefs d’orchestre, des compositeurs, des solistes et, enfin, avec le public. Depuis plus de 40 ans, l’orchestre est régulièrement invité sur les scènes nationales et internationales, offrant aux auditeurs une expérience musicale inoubliable.
L’ensemble perpétue la tradition de l’Orchestre de chambre polonais (PCO) de Jerzy Maksymiuk fondé en 1972, à partir duquel il a évolué au fur et à mesure de l’arrivée de nouveaux membres. L’impulsion de l’expansion a été donnée en 1984 par l’arrivée du légendaire violoniste Yehudi Menuhin, qui est devenu le premier chef d’orchestre invité sur l’invitation des directeurs Waldemar Dąbrowski et Franciszek Wybrańczyk. « Aucun autre orchestre ne m’a donné autant de satisfaction que mon travail, en tant que soliste et chef d’orchestre, avec le Sinfonia Varsovia », a-t-il déclaré lors d’interviews.
Peu après, le Sinfonia Varsovia a entamé une tournée mondiale, se produisant dans les salles de concert les plus prestigieuses du monde, telles que le Carnegie Hall, le Théâtre des Champs-Élysées, le Centre Barbican, le Wiener Musikverein, le Teatro Colón, le Suntory Hall et la Herkulessaal. L’orchestre s’est produit sous la direction de chefs d’orchestre tels que Claudio Abbado, Witold Lutosławski, Lorin Maazel, Emmanuel Krivine, Jerzy Maksymiuk et Krzysztof Penderecki (directeur musical et puis directeur artistique en 1997-2020), ainsi qu’avec des solistes tels que Mstislav Rostropovich, Anne-Sophie Mutter, Alfred Brendel, Martha Argerich et Piotr Anderszewski.
Le Sinfonia Varsovia a donné plus de 4 000 concerts dans le monde entier et enregistré plus de 300 albums, notamment pour Decca, Deutsche Grammophon, Naxos, Sony et Warner. Le répertoire enregistré comprend des oeuvres du XVIIIe siècle à nos jours. Les oeuvres de compositeurs polonais, tels que Chopin, Penderecki, Paderewski, Lutosławski, Górecki et Kilar, occupent une place particulière dans le programme de concerts de l’orchestre. L’orchestre a créé de nombreuses oeuvres, notamment celles de Henryk Mikołaj Górecki, Paweł Mykietyn et Krzysztof Penderecki. Sinfonia Varsovia a lancé un concours de conception architecturale et a commencé la construction du plus grand centre musical de Pologne.
[Site web]
LAURENT ZUFFEREY
Laurent Zufferey, né à Sion en 1993, est un chef d’orchestre suisse diplômé du Royal Northern College of Music de Manchester, où il obtient un Master avec distinction. Après une 3ème place au concours international d’Augsbourg, il est invité en 2021 par Paavo Järvi à l’Académie de la Tonhalle Orchester Zürich, où il remporte le Prix du Public. La même année, Teodor Currentzis l’invite à la résidence de MusicAeterna à Lucerne, où il dirige Mahler 5 lors d’une masterclass publique.
Il est successivement assistant à la Basel Sinfonietta et à l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, puis, à partir de septembre 2023, assistant à l’Orchestre national de Lyon.
En mars 2025, Zufferey fait ses débuts à la Philharmonie de Paris en remplaçant Nikolaj Szeps-Znaider à la tête de l’Orchestre national de Lyon, dirigeant notamment la création du Concerto pour trompette d’Ibrahim Maalouf, interprété par le compositeur.
Durant sa carrière de chef d’orchestre, Laurent a également travaillé avec des orchestres renommés tels que l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, l’Orchestre National de Metz, l’Orchestre de Picardie, le Stavanger Symphony Orchestra, le Manchester Camerata, l’Augsburger Philharmoniker, le Sinfonietta de Lausanne, la Kammerphilharmonie Graubünden, le Crans-Montana Classics Festival ou encore l’Argovia Philharmonic.
[Site web]
(2027) Max Bruch Scottish Fantasy, Op. 46 & Violin Concerto No. 2, Op. 44 - CD 3154
MAX BRUCH: Concerto pour violon No. 2 en ré mineur op. 44 - Scottish fantasy
À un ami qui lui demandait pourquoi, alors qu’il était excellent pianiste, il ne composait pas davantage pour le piano et s’intéressait autant aux cordes, en particulier au violon, Max Bruch répondit : « c’est parce que le violon sait faire chanter une mélodie mieux que le piano, et la mélodie, c’est l’âme de la musique ». Né à Cologne le 6 janvier 1838, fils d’un officier de police, il reçoit sa première éducation musicale de sa mère, chanteuse, se fait remarquer par ses premières compositions dès l’âge de neuf ans. Cinq ans plus tard, il remporte un prix qui lui permet d’étudier auprès de Ferdinand Hiller, Carl Reinecke et Ferdinand Breunung. Après un premier opéra dont la version orchestrale est perdue, il se fait connaître par son opéra Die Loreley, composé sur le livret d’Emanuel Geibel – sur lequel travaillait Felix Mendelssohn avant sa mort prématurée – ainsi que par sa cantate Frithjof. Nommé maître de chapelle de Coblence en 1865, où il passera deux ans, il y écrit son premier concerto pour violon, op. 26 en sol mineur, dont le succès est immédiat. Dès 1870, il quitte son poste de maître de chapelle de Sondershausen pour se consacrer à la composition et à la direction à Berlin. Par la suite, il sera engagé comme directeur musical à Liverpool (1878-1880), ce qui témoigne de sa réputation européenne, puis devient dès les années 1890 un professeur réputé de composition au Conservatoire de Berlin où il comptera parmi ses élèves Ottorino Respighi ou Ralph Vaughan Williams.
C’est en 1871 qu’il rencontre à Zürich Pablo de Sarasate. Il l’invite alors à Francfort où le célèbre violoniste espagnol enthousiasme le compositeur, qui raconte ce concert en ces termes, lettre du 18 février 1877 : « Lui au violon, moi à la direction. Partout, le public était en délire; je n’avais jamais rien vécu de tel. Si le terme « s’enthousiasmer » est permis, alors je dirais : je suis enthousiasmé par ce Pablo. Un violoniste extraordinaire et un homme charmant. Je composerai encore pour lui – c’est certain ». Dès le mois suivant, il annonce à son éditeur Fritz Simrock qu’il a déjà des idées pour un nouveau concerto pour Sarasate à l’occasion de sa prochaine tournée européenne. Le compositeur et l’interprète se rencontrent à plusieurs reprises, à Baden-Baden et Londres, apportant diverses modifications à l’oeuvre qui sera créée, dans sa version manuscrite, à Londres, au Crystal Palace, le 4 novembre 1877. Si le concerto reçoit un chaleureux accueil du public, Max Bruch est affecté par les nombreuses critiques reçues, et, suivant divers avis, modifie son oeuvre à plusieurs reprises avant son impression définitive : « Je suis profondément contrarié et je ne souhaite plus entendre parler, dans les jours à venir, de ce concert et de son cortège inévitable de méchancetés et d’insultes de toutes sortes, qui ont ruiné mon oeuvre dès le début », écrit-il à son éditeur le 28 janvier 1878.
De fait, ce concerto, par sa structure, a de quoi décontenancer. Il aurait été inspiré par le contexte politique espagnol et les guerres carlistes qui lui confèrent sa couleur dramatique et passionnée. Le premier mouvement surprend par son indication de tempo Adagio ma non troppo, à 4/4, de forme sonate, là où l’on attend un premier mouvement rapide. Le soliste, véritable personnage, semble improviser le premier thème, rêveur, comme une longue cadence, soutenu par un orchestre sombre ponctué par les timbales, tandis que le second thème, lancé par un épisode plus martial aux bois, déroule une rêverie en fa majeur sur le tapis des cordes. Le développement rappelle l’alto d’Harold en Italie de Berlioz, par son violon qui semble flotter au-dessus de l’action, comme s’il la commentait, avant la réexposition dans laquelle les doubles cordes ont un rôle plus dramatique que virtuose, puis vient l’apaisement de la cadence. Selon le musicologue Wilhelm Altmann, le premier thème représenterait les guerriers tombés au combat et le second une femme cherchant son amant parmi les morts. Le deuxième mouvement, Recitativo, allegro moderato en si bémol majeur à 4/4, prend la forme d’un récitatif, d’une cadence, puis, après une section marquée par un rythme bacchique (brève, longue, longue), une fantaisie, en quatre sections. Enfin, le troisième mouvement, Allegro molto à 3/8 est de forme rondo-sonate et met en valeur un dialogue entre le tutti et le soliste, avant un développement virtuose.
Ce concerto révèle donc un goût pour la fantaisie que l’on retrouve dans sa Fantaisie écossaise op. 46 intitulée « Fantaisie pour violon avec orchestre et harpe utilisant librement des mélodies populaires écossaises ». Max Bruch appréciait les romans de Walter Scott et adorait les mélodies populaires et folkloriques : il compose en 1863 un recueil pour voix et piano de Douze chansons populaires écossaises et c’est durant cette même période, dirigeant le Stern’schen Gesangsvereins de Berlin, choeur comptant de nombreux chanteurs de confession juive, qu’il écrit son célèbre Kol Nidrei pour violoncelle et orchestre. Il se servira également de mélodies suédoises et russes. C’est également à l’intention de Pablo de Sarasate qu’il compose, durant l’hiver 1879-1880, la Fantaisie écossaise. Certains y ont vu un Concerto non avoué : « On ne saurait vraiment parler de concerto, répondait Max Bruch, à cause de la liberté totale avec laquelle l’ensemble est construit, et aussi parce qu’il y a l’emploi de mélodies folkloriques. » Après une introduction solennelle vient un Adagio cantabile en mi bémol majeur dont le thème est la ballade Auld Robin Morris qui raconte une histoire d’amour impossible. Suit un Allegro rapide à 3/8, dans lequel l’on retrouve la mélodie The Dusty Miller, à l’origine danse instrumentale avant d’être reprise par le poète Robert Burns en 1788, et dont le caractère humoristique se retrouve dans le dialogue entre la flûte et le soliste. L’Andante sostenuto à 4/4, en la bémol majeur qui suit doit lui être enchaîné. Il évoque la chanson I’m a’down for lack o’Johnnie, air traditionnel très ancien racontant la mélancolie d’une jeune fille. Enfin, le Finale, noté « Allegro guerriero », à 4/4, par le compositeur reprend un célèbre hymne patriotique, Scots wha hae where Wallace bled, évoquant le choix entre la liberté et l’esclavage et le souvenir de ceux qui ont versé leur sang dans ces combats.
Max Bruch est resté dans l’histoire le compositeur d’un seul concerto ; il se plaignait amèrement du succès de son premier concerto qui éclipsa les deux autres : « Je ne peux plus entendre ce concerto – ai-je donc seulement écrit ce seul concerto ? Allez et jouez donc enfin les autres concertos, qui sont tout aussi bons, sinon meilleurs ! » écrivait-il. Par ailleurs, exact contemporain de Brahms, et de la même esthétique, il a longtemps souffert de la comparaison avec celui qui écrivit, selon Hanslick, la « dixième symphonie » de Beethoven. Enfin, on lui reproche son anachronisme, sa fidélité au langage romantique d’un Mendelssohn ou d’un Schumann, alors que nombre de ses oeuvres sont contemporaines de celles d’un Ravel, d’un Debussy ou de Stravinsky – même si ses partitions opératiques, comme Arminius ou Odysseus ont connu un certain succès. C’est oublier son talent de mélodiste, son don pour créer de longues phrases musicales dont l’aspect naturel rappelle les qualités expressives de la voix humaine. Et cet enregistrement est un jalon dans la reconnaissance du talent lyrique et expressif du compositeur.
Bénédicte Gandois
OLEG KASKIV
Le violoniste ukrainien Oleg Kaskiv s’inscrit dans une tradition musicale étroitement liée à Yehudi Menuhin et Alberto Lysy. Depuis près de trois décennies, la Suisse occupe une place centrale dans sa vie artistique, aux côtés de ses racines musicales ukrainiennes et d’une carrière internationale de soliste, chambriste et artiste d’enregistrement.
Né à Kremenets, en Ukraine, en 1978, il reçoit sa première formation musicale à l’École spécialisée de musique Solomiya Krushelnytska de Lviv, avant de poursuivre ses études à l’Académie nationale de musique de Lviv auprès de Tetiana Syrotiuk et Bohdan Kaskiv. Une étape décisive survient en 1996, lorsqu’il s’installe en Suisse pour rejoindre l’International Menuhin Music Academy, fondée par Yehudi Menuhin. Il y étudie auprès d’Alberto Lysy, proche disciple et collaborateur artistique de Menuhin, dont les idéaux musicaux et l’approche du violon exerceront une influence durable sur son propre développement artistique.
La reconnaissance internationale vient à travers plusieurs grands concours. Il devient lauréat du Concours Reine Élisabeth de Bruxelles, du Concours international de violon de Montréal, du Concours Louis Spohr de Weimar et du Concours David Oistrakh d’Odessa. Son activité de soliste l’amène à se produire avec de nombreux orchestres, parmi lesquels l’Orchestre National de Belgique, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre symphonique de Zurich, l’Orchestre symphonique de Baden-Baden, le Gstaad Festival Orchestra, la Camerata de Lausanne et la Camerata Lysy.
L’enregistrement occupe également une place importante dans sa vie musicale. Sa discographie comprend les Octuors de Mendelssohn et Doráti avec la Camerata Lysy (DINEMEC) ; The Colours of Antonio Stradivari, enregistré sur le Stradivarius « Szigeti » de 1718 (Claves) ; les octuors de Svendsen et Bruch (Claves) ; le Concerto pour violon de Beethoven avec le Gstaad Festival Orchestra (Claves) ; les concertos pour violon de Pierre Wissmer avec Sinfonia Varsovia (Claves) ; ainsi que The Colours of Giuseppe Guarneri del Gesù, consacré aux Six Sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe (Claves).
L’International Menuhin Music Academy est restée au coeur de son parcours musical. Après y avoir terminé ses études, il rejoint le corps enseignant et assume progressivement un rôle majeur dans la transmission de la tradition du violon héritée de Menuhin et Lysy. Aujourd’hui, en tant que Directeur artistique et Professeur de violon, il associe sa carrière d’interprète à la formation d’une nouvelle génération de musiciens. Ses élèves ont remporté des prix dans de grands concours internationaux et poursuivent des carrières de solistes ou de musiciens au sein d’orchestres de premier plan.
SINFONIA VARSOVIA
Sinfonia Varsovia est un ambassadeur de la culture musicale polonaise depuis sa création. Ses voyages internationaux comprennent des milliers de rencontres avec des chefs d’orchestre, des compositeurs, des solistes et, enfin, avec le public. Depuis plus de 40 ans, l’orchestre est régulièrement invité sur les scènes nationales et internationales, offrant aux auditeurs une expérience musicale inoubliable.
L’ensemble perpétue la tradition de l’Orchestre de chambre polonais (PCO) de Jerzy Maksymiuk fondé en 1972, à partir duquel il a évolué au fur et à mesure de l’arrivée de nouveaux membres. L’impulsion de l’expansion a été donnée en 1984 par l’arrivée du légendaire violoniste Yehudi Menuhin, qui est devenu le premier chef d’orchestre invité sur l’invitation des directeurs Waldemar Dąbrowski et Franciszek Wybrańczyk. « Aucun autre orchestre ne m’a donné autant de satisfaction que mon travail, en tant que soliste et chef d’orchestre, avec le Sinfonia Varsovia », a-t-il déclaré lors d’interviews.
Peu après, le Sinfonia Varsovia a entamé une tournée mondiale, se produisant dans les salles de concert les plus prestigieuses du monde, telles que le Carnegie Hall, le Théâtre des Champs-Élysées, le Centre Barbican, le Wiener Musikverein, le Teatro Colón, le Suntory Hall et la Herkulessaal. L’orchestre s’est produit sous la direction de chefs d’orchestre tels que Claudio Abbado, Witold Lutosławski, Lorin Maazel, Emmanuel Krivine, Jerzy Maksymiuk et Krzysztof Penderecki (directeur musical et puis directeur artistique en 1997-2020), ainsi qu’avec des solistes tels que Mstislav Rostropovich, Anne-Sophie Mutter, Alfred Brendel, Martha Argerich et Piotr Anderszewski.
Le Sinfonia Varsovia a donné plus de 4 000 concerts dans le monde entier et enregistré plus de 300 albums, notamment pour Decca, Deutsche Grammophon, Naxos, Sony et Warner. Le répertoire enregistré comprend des oeuvres du XVIIIe siècle à nos jours. Les oeuvres de compositeurs polonais, tels que Chopin, Penderecki, Paderewski, Lutosławski, Górecki et Kilar, occupent une place particulière dans le programme de concerts de l’orchestre. L’orchestre a créé de nombreuses oeuvres, notamment celles de Henryk Mikołaj Górecki, Paweł Mykietyn et Krzysztof Penderecki. Sinfonia Varsovia a lancé un concours de conception architecturale et a commencé la construction du plus grand centre musical de Pologne.
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LAURENT ZUFFEREY
Laurent Zufferey, né à Sion en 1993, est un chef d’orchestre suisse diplômé du Royal Northern College of Music de Manchester, où il obtient un Master avec distinction. Après une 3ème place au concours international d’Augsbourg, il est invité en 2021 par Paavo Järvi à l’Académie de la Tonhalle Orchester Zürich, où il remporte le Prix du Public. La même année, Teodor Currentzis l’invite à la résidence de MusicAeterna à Lucerne, où il dirige Mahler 5 lors d’une masterclass publique.
Il est successivement assistant à la Basel Sinfonietta et à l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, puis, à partir de septembre 2023, assistant à l’Orchestre national de Lyon.
En mars 2025, Zufferey fait ses débuts à la Philharmonie de Paris en remplaçant Nikolaj Szeps-Znaider à la tête de l’Orchestre national de Lyon, dirigeant notamment la création du Concerto pour trompette d’Ibrahim Maalouf, interprété par le compositeur.
Durant sa carrière de chef d’orchestre, Laurent a également travaillé avec des orchestres renommés tels que l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, l’Orchestre National de Metz, l’Orchestre de Picardie, le Stavanger Symphony Orchestra, le Manchester Camerata, l’Augsburger Philharmoniker, le Sinfonietta de Lausanne, la Kammerphilharmonie Graubünden, le Crans-Montana Classics Festival ou encore l’Argovia Philharmonic.
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