(2026) IMPRESSIONS
Catégorie(s): Musique de Chambre Piano
Instrument(s): Piano Violon
Compositeur principal: Compositeurs multiples (voir les collections)
Nb CD(s): 1
N° de catalogue:
CD 3166
Sortie: 20.11.2026
EAN/UPC: 7619931316628
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Vive et enthousiaste, Amia Janicki ne cache pas son admiration pour George Enescu (1881-1955), artiste « complet, humble, et tellement dévoué à la musique sous toutes ses formes, de la pédagogie au violon, en passant par le piano ». Celle qui éprouve un amour tout particulier pour la musique du xxe siècle enregistre en 2023 l’admirable Octuor du compositeur roumain pour le label belge Fuga Libera. Trois ans plus tard, elle place au coeur de son premier disque soliste les Impressions d’enfance opus 28 du compositeur.
Elle-même d’origines autrichienne, polonaise et japonaise, Amia Janicki est particulièrement sensible aux va-et-vient entre modernité et tradition, entre folklore et musique dite savante. Mais son engagement artistique va plus loin. En effet, la jeune violoniste suisse, formée à Genève auprès de Tedi Papavrami, à Vienne dans la classe de Pavel Vernikov, lauréate de nombreux concours internationaux comme le Jean Sibelius International Violin Competition et artiste en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth (classe d’Augustin Dumay), rêve d’une carrière d’interprète qui ne se réduirait pas à la scène, prendrait une dimension plus créative encore et relierait le concert à d’autres univers. Car Amia Janicki aime tisser des liens entre les arts, et son identité de musicienne se définit aussi au-travers de collaborations, comme celle qu’elle développe en 2022-2023 avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui sur son ballet Ukiyo-e.
Et c’est par le biais de la collaboration qu’elle aborde la création des Impressions d’enfance de George Enescu. Très virtuose, c’est aussi l’une des rares oeuvres programmatiques du compositeur, créant des ambiances très visuelles. La violoniste y voit le moyen de faire davantage connaître la musique du xxe siècle à un public de non-musiciens. Elle propose alors de créer, non pas une illustration visuelle des tableaux sonores, mais un court-métrage avec la réalisatrice Lily Landecy, mettant en scène la violoniste, le pianiste Kojiro Okada et le narrateur Denis Lavant, deux artistes présents à ses côtés depuis longtemps. Par ce court-métrage, elle espère faire davantage connaître l’oeuvre d’Enescu, qu’elle replace dans son contexte historique.
Remarqué très tôt pour ses dons musicaux, le jeune George Enescu n’a que huit ans lorsqu’il quitte sa Roumanie natale pour étudier la musique, d’abord à Vienne puis à Paris. Sa carrière se dessine entre Paris et Bucarest, avant son exil définitif lors de la période communiste. Son style n’a cessé d’évoluer. Ses premières oeuvres résonnent de l’influence de Brahms ou de son maître Gabriel Fauré, tout en s’inspirant du folklore roumain. Il intègre rapidement le quart de ton à son langage musical et l’on est toujours surpris de la richesse hétérophonique et rythmique de ses oeuvres. Par ailleurs, la simplicité apparente cache une grande complexité qui résiste à l’analyse et a fait écrire à Harry Halbreich : « Si, déjà, une page de jeunesse comme le génial Octuor, achevé à dix-neuf ans, égale Schoenberg en richesse combinatoire et formelle, que dire des oeuvres de maturité ! »
Lorsqu’il compose en 1940 ses Impressions d’enfance, la même année que son célèbre Quintette pour cordes et piano, c’est un compositeur bientôt sexagénaire qui, dans une Europe en guerre, vient de déménager en Roumanie et se tourne vers ses souvenirs d’enfance. Ses Impressions recèlent une profonde nostalgie, mais aussi une certaine amertume, comme le souligne Amia Janicki. Partagées en dix numéros enchaînés, aux titres pittoresques, elles forment un vaste poème promenant l’auditeur du jour à la nuit. Le violon s’élance d’abord seul dans « Le Ménétrier » – le piano n’entrera qu’à la deuxième pièce – dans une longue mélopée improvisée jouant de toutes les possibilités de timbres de l’instrument ; après une évocation nostalgique du « Vieux mendiant », vient « L’Oiseau en cage », dans lequel le violon imite le chant de l’oiseau, installant une atmosphère de plus en plus inquiétante et menaçante, tandis que la « Chanson pour bercer », avec sa touche populaire et rassurante, envoûtante, sonne comme la réminiscence d’anciennes berceuses venues du fond des âges. « La lune » aperçue « à travers les vitres » nous mène au « Vent dans la cheminée » puis vers la « Tempête au dehors, dans la nuit » rappelant les peurs nocturnes de l’enfance, avant que le « Lever de soleil » ne se déploie, d’abord poétique et léger avant de laisser poindre chaleur, ardeur ainsi que la joie du retour de la vie.
Si George Enescu se tourne vers son enfance roumaine et dédie l’oeuvre à son premier professeur de violon, Eduard Caudella, durant la même décennie, Igor Stravinsky (1882-1971) conçoit son Divertimento également comme un hommage à un compositeur qu’il admirait profondément, Piotr Ilitch Tchaikovsky. L’oeuvre résulte en outre d’une collaboration entre le compositeur et le violoniste américain d’origine polonaise Samuel Dushkin, pour lequel il transcrit en 1932 pour violon et piano la musique originale du ballet Le Baiser de la fée, créé à l’Opéra de Paris quatre ans plus tôt. Commande d’Ida Rubinstein, inspiré de la Reine des neiges d’Hans Christian Andersen, ce ballet amènera la rupture définitive entre le compositeur et Serge Diaghilev. D’inspiration dite « néo-classique », l’oeuvre reprend le matériau thématique de plusieurs pièces de jeunesse de Tchaikovksy. Dans le Divertimento, le compositeur repense et condense l’oeuvre en quelques pièces : la Sinfonia reprend l’action de la première scène du ballet durant laquelle la Reine des neiges donne un baiser à un enfant. Suivent les Danses suisses qui développent un caractère populaire, puis les trois parties du pas de deux, Adagio, Variation et Coda. Comme l’écrit André Boucourechliev dans sa biographie du compositeur, celui-ci « jongle virtuosement avec la matière tchaikovskienne » et la « développe dans un élan créateur complètement fasciné, possédé par l’esprit du grand prédécesseur ».
Si Stravinsky choisit un conte d’Andersen pour l’argument du Baiser de la fée, c’est aussi un conte qui mène à la création, en 1971, de Ferdinand le taureau, oeuvre du compositeur anglais Alan Ridout (1934-1996). L’album, écrit par l’Américain Munro Leaf, paraît en 1936, au moment de la guerre civile espagnole, sous le titre The Story of Ferdinand (« L’Histoire de Ferdinand ») et devient rapidement un best-seller. L’écrivain imagine un jeune taureau qui préfère regarder les fleurs plutôt que de se battre contre d’autres taureaux. Compositeur prolifique, d’un style plutôt tonal, Alan Ridout choisit le violon seul pour illustrer, aux côtés du narrateur, l’atmosphère, les émotions et l’humour de ce récit qui a conservé toute sa fraîcheur.
Chacune des oeuvres choisies dans ce premier disque résonne comme un clin d’oeil au monde de l’enfance. Et Yōkai d’Harold Noben ne fait pas exception. En 2020, Amia Janicki découvre en la jouant la musique d’Harold Noben lors des représentations au théâtre de la Monnaie de Bruxelles de son opéra de chambre À l’extrême bord du monde, qui évoque la fin tragique de Stefan Zweig et de sa femme Lotte. Elle décide aussitôt de lui commander une oeuvre pour violon qui prendrait place dans ce programme. Inspirée par le monde de l’enfance et le folklore, elle se souvient de ses origines japonaises et propose au compositeur de travailler sur les Yōkai, ces créatures fantastiques typiques de la tradition populaire du Japon, parfois désignées comme des monstres, parfois comme des esprits, tantôt espiègles, tantôt malveillants, mais le plus souvent dans un esprit ludique. Composée pour violon, piano et narrateur, l’oeuvre présente, après un prologue, les caractères de quelques-uns de ces Yōkai, mis en mots et en musique par Harold Noben. Ainsi la musique réenchante-t-elle le monde et, tout comme dans les Impressions d’enfance d’Enescu, des liens se tissent entre monde humain et monde surnaturel, constituant, peut-être, l’une des plus belles caractéristiques de la modernité en musique.
Bénédicte Gandois
AMIA JANICKI
Jeune musicienne interprète engagée, Amia Janicki partage la musique sur scène, mais promeut également sa création. Passionnée par les projets interdisciplinaires, la violoniste suisse a co-créé le court métrage L’Oiseau, produit par Le Hangar production et inspiré des Impressions d’enfance, op.28, de Georges Enescu, sorti en 2023. Ce projet est né d’une collaboration mêlant les univers du cinéma et de la musique. Elle a également travaillé avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui en 2022–2023 sur son ballet Ukiyo-e.
Lauréate du Jean Sibelius International Violin Competition et du Premier Prix du Václav Huml International Violin Competition, Amia a été artiste en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth dans la classe d’Augustin Dumay, et a obtenu un master de soliste à la Haute École de Musique de Lausanne auprès de Svetlana Makarova. Elle a été formée dans sa jeunesse par Tedi Papavrami à Genève.
Elle se produit dans des salles et festivals prestigieux tels que le Musikverein, le Vienna Konzerthaus, le Bozar ou le Festival de La Roque-d’Anthéron, et joue avec des orchestres tels que le Helsinki Philharmonic Orchestra, le Tonkünstler Orchestra, le Lithuanian National Symphony Orchestra. Elle a également enregistré en 2023 l’Octuor d’Enescu chez Fuga Libera.
Amia joue un violon de 1645 de Niccolò Amati, prêté par la Maggini Foundation avec le soutien de LS Core.
À partir de l’année académique 2026, elle rejoint la LUCA School of Arts comme professeure de violon, et également la Zurich University of the Arts en tant qu’assistante d’Andreas Janke.
KOJIRO OKADA
Né à Bordeaux en 1999, Kojiro Okada commence le piano à sept ans auprès d’Anne-Lise Gastaldi. Très jeune, il se produit dans plusieurs salles prestigieuses, notamment à la Salle Pleyel en 2010 pour le bicentenaire de Chopin, au Théâtre du Châtelet en 2013, à la Philharmonie de Paris en 2022, puis au Concertgebouw d’Amsterdam et à La Seine Musicale en 2024. Il se produit également régulièrement à la Salle Cortot et à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds. Ses engagements internationaux comprennent deux tournées de musique de chambre en Amérique du Nord, en 2022 avec l’altiste Miguel da Silva, puis en mars 2025 avec plusieurs partenaires renommés. Il s’est récemment produit au Seoul Arts Center avec le violoniste Augustin Dumay dans l’intégrale des sonates de Brahms. Invité de nombreux festivals, parmi lesquels le Festival Chopin de Nohant, La Roque d’Anthéron, les Folles Journées de Nantes et les Sommets Musicaux de Gstaad, il est également régulièrement invité à Flagey à Bruxelles.
Passionné de musique de chambre, Kojiro a été pianiste du Trio Pantoum jusqu’en 2025, avec lequel il a enregistré chez La Dolce Volta. Il poursuit aujourd’hui une intense activité de soliste et de chambriste, notamment en duo avec son frère, le violoniste Shuichi Okada. Il a collaboré avec des artistes tels que Nicholas Angelich, Jean-Efflam Bavouzet, Frank Braley, Miguel da Silva, Gary Hoffman, Jian Wang, Bertrand Chamayou et Augustin Dumay.
Diplômé du CNSMD de Paris dans les classes d’Hortense Cartier-Bresson et de Florent Boffard, il est actuellement artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, sous la direction de Frank Braley et Avedis Kouyoumdjian. Lauréat des Fondations Banque Populaire et Safran, il a remporté plusieurs distinctions internationales, dont les premiers prix des concours Gabriel Fauré et Società Umanitaria de Milan, ainsi que des prix au Concours Ricardo Viñes et au Japan Piano Open Competition.
DENIS LAVANT
Formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, Denis Lavant est une figure originale et puissante du cinéma français. Grand comédien de théâtre, Il a notamment travaillé avec Pierre Pradinas, Hans Peter Cloos, Bernard Sobel, Dan Jemmet, James Thierrée ou Jacques Osinski, avec lequel il travaille depuis plusieurs années autour de l’oeuvre de Samuel Beckett … Ayant pris goût très tôt à la poésie, il est également le porte-voix de nombreux poètes trop peu connus comme entendus, dont il lit régulièrement les oeuvres publiquement. Au cinéma, il est le comédien emblématique du réalisateur Leos Carax, depuis « Boy meets girl » en 1983 jusqu’à « Holy Motors » sorti en 2012, film phénomène du 65ème Festival de Cannes, dans lequel Denis Lavant endosse onze rôles à lui tout seul. Il a également joué, entre autres, sous la direction de Patrice Chéreau, Diane Kurys, Jean-Pierre Jeunet, Claude Lelouch, Claire Denis, Harmony Korine, Arnaud des Pallières, Wolfgang Becker, Dominique Rocher, Emiliy Atef, Pierre Schoeller, Philippe Lacôte, Mathieu Gérault. Et plus récemment avec le réalisateur suédois John Skoog pour son film « Redoubt », et François OZON pour « L’étranger ».
Regarder le court-métrage "L'Oiseau" sur Vimeo
Vive et enthousiaste, Amia Janicki ne cache pas son admiration pour George Enescu (1881-1955), artiste « complet, humble, et tellement dévoué à la musique sous toutes ses formes, de la pédagogie au violon, en passant par le piano ». Celle qui éprouve un amour tout particulier pour la musique du xxe siècle enregistre en 2023 l’admirable Octuor du compositeur roumain pour le label belge Fuga Libera. Trois ans plus tard, elle place au coeur de son premier disque soliste les Impressions d’enfance opus 28 du compositeur.
Elle-même d’origines autrichienne, polonaise et japonaise, Amia Janicki est particulièrement sensible aux va-et-vient entre modernité et tradition, entre folklore et musique dite savante. Mais son engagement artistique va plus loin. En effet, la jeune violoniste suisse, formée à Genève auprès de Tedi Papavrami, à Vienne dans la classe de Pavel Vernikov, lauréate de nombreux concours internationaux comme le Jean Sibelius International Violin Competition et artiste en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth (classe d’Augustin Dumay), rêve d’une carrière d’interprète qui ne se réduirait pas à la scène, prendrait une dimension plus créative encore et relierait le concert à d’autres univers. Car Amia Janicki aime tisser des liens entre les arts, et son identité de musicienne se définit aussi au-travers de collaborations, comme celle qu’elle développe en 2022-2023 avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui sur son ballet Ukiyo-e.
Et c’est par le biais de la collaboration qu’elle aborde la création des Impressions d’enfance de George Enescu. Très virtuose, c’est aussi l’une des rares oeuvres programmatiques du compositeur, créant des ambiances très visuelles. La violoniste y voit le moyen de faire davantage connaître la musique du xxe siècle à un public de non-musiciens. Elle propose alors de créer, non pas une illustration visuelle des tableaux sonores, mais un court-métrage avec la réalisatrice Lily Landecy, mettant en scène la violoniste, le pianiste Kojiro Okada et le narrateur Denis Lavant, deux artistes présents à ses côtés depuis longtemps. Par ce court-métrage, elle espère faire davantage connaître l’oeuvre d’Enescu, qu’elle replace dans son contexte historique.
Remarqué très tôt pour ses dons musicaux, le jeune George Enescu n’a que huit ans lorsqu’il quitte sa Roumanie natale pour étudier la musique, d’abord à Vienne puis à Paris. Sa carrière se dessine entre Paris et Bucarest, avant son exil définitif lors de la période communiste. Son style n’a cessé d’évoluer. Ses premières oeuvres résonnent de l’influence de Brahms ou de son maître Gabriel Fauré, tout en s’inspirant du folklore roumain. Il intègre rapidement le quart de ton à son langage musical et l’on est toujours surpris de la richesse hétérophonique et rythmique de ses oeuvres. Par ailleurs, la simplicité apparente cache une grande complexité qui résiste à l’analyse et a fait écrire à Harry Halbreich : « Si, déjà, une page de jeunesse comme le génial Octuor, achevé à dix-neuf ans, égale Schoenberg en richesse combinatoire et formelle, que dire des oeuvres de maturité ! »
Lorsqu’il compose en 1940 ses Impressions d’enfance, la même année que son célèbre Quintette pour cordes et piano, c’est un compositeur bientôt sexagénaire qui, dans une Europe en guerre, vient de déménager en Roumanie et se tourne vers ses souvenirs d’enfance. Ses Impressions recèlent une profonde nostalgie, mais aussi une certaine amertume, comme le souligne Amia Janicki. Partagées en dix numéros enchaînés, aux titres pittoresques, elles forment un vaste poème promenant l’auditeur du jour à la nuit. Le violon s’élance d’abord seul dans « Le Ménétrier » – le piano n’entrera qu’à la deuxième pièce – dans une longue mélopée improvisée jouant de toutes les possibilités de timbres de l’instrument ; après une évocation nostalgique du « Vieux mendiant », vient « L’Oiseau en cage », dans lequel le violon imite le chant de l’oiseau, installant une atmosphère de plus en plus inquiétante et menaçante, tandis que la « Chanson pour bercer », avec sa touche populaire et rassurante, envoûtante, sonne comme la réminiscence d’anciennes berceuses venues du fond des âges. « La lune » aperçue « à travers les vitres » nous mène au « Vent dans la cheminée » puis vers la « Tempête au dehors, dans la nuit » rappelant les peurs nocturnes de l’enfance, avant que le « Lever de soleil » ne se déploie, d’abord poétique et léger avant de laisser poindre chaleur, ardeur ainsi que la joie du retour de la vie.
Si George Enescu se tourne vers son enfance roumaine et dédie l’oeuvre à son premier professeur de violon, Eduard Caudella, durant la même décennie, Igor Stravinsky (1882-1971) conçoit son Divertimento également comme un hommage à un compositeur qu’il admirait profondément, Piotr Ilitch Tchaikovsky. L’oeuvre résulte en outre d’une collaboration entre le compositeur et le violoniste américain d’origine polonaise Samuel Dushkin, pour lequel il transcrit en 1932 pour violon et piano la musique originale du ballet Le Baiser de la fée, créé à l’Opéra de Paris quatre ans plus tôt. Commande d’Ida Rubinstein, inspiré de la Reine des neiges d’Hans Christian Andersen, ce ballet amènera la rupture définitive entre le compositeur et Serge Diaghilev. D’inspiration dite « néo-classique », l’oeuvre reprend le matériau thématique de plusieurs pièces de jeunesse de Tchaikovksy. Dans le Divertimento, le compositeur repense et condense l’oeuvre en quelques pièces : la Sinfonia reprend l’action de la première scène du ballet durant laquelle la Reine des neiges donne un baiser à un enfant. Suivent les Danses suisses qui développent un caractère populaire, puis les trois parties du pas de deux, Adagio, Variation et Coda. Comme l’écrit André Boucourechliev dans sa biographie du compositeur, celui-ci « jongle virtuosement avec la matière tchaikovskienne » et la « développe dans un élan créateur complètement fasciné, possédé par l’esprit du grand prédécesseur ».
Si Stravinsky choisit un conte d’Andersen pour l’argument du Baiser de la fée, c’est aussi un conte qui mène à la création, en 1971, de Ferdinand le taureau, oeuvre du compositeur anglais Alan Ridout (1934-1996). L’album, écrit par l’Américain Munro Leaf, paraît en 1936, au moment de la guerre civile espagnole, sous le titre The Story of Ferdinand (« L’Histoire de Ferdinand ») et devient rapidement un best-seller. L’écrivain imagine un jeune taureau qui préfère regarder les fleurs plutôt que de se battre contre d’autres taureaux. Compositeur prolifique, d’un style plutôt tonal, Alan Ridout choisit le violon seul pour illustrer, aux côtés du narrateur, l’atmosphère, les émotions et l’humour de ce récit qui a conservé toute sa fraîcheur.
Chacune des oeuvres choisies dans ce premier disque résonne comme un clin d’oeil au monde de l’enfance. Et Yōkai d’Harold Noben ne fait pas exception. En 2020, Amia Janicki découvre en la jouant la musique d’Harold Noben lors des représentations au théâtre de la Monnaie de Bruxelles de son opéra de chambre À l’extrême bord du monde, qui évoque la fin tragique de Stefan Zweig et de sa femme Lotte. Elle décide aussitôt de lui commander une oeuvre pour violon qui prendrait place dans ce programme. Inspirée par le monde de l’enfance et le folklore, elle se souvient de ses origines japonaises et propose au compositeur de travailler sur les Yōkai, ces créatures fantastiques typiques de la tradition populaire du Japon, parfois désignées comme des monstres, parfois comme des esprits, tantôt espiègles, tantôt malveillants, mais le plus souvent dans un esprit ludique. Composée pour violon, piano et narrateur, l’oeuvre présente, après un prologue, les caractères de quelques-uns de ces Yōkai, mis en mots et en musique par Harold Noben. Ainsi la musique réenchante-t-elle le monde et, tout comme dans les Impressions d’enfance d’Enescu, des liens se tissent entre monde humain et monde surnaturel, constituant, peut-être, l’une des plus belles caractéristiques de la modernité en musique.
Bénédicte Gandois
AMIA JANICKI
Jeune musicienne interprète engagée, Amia Janicki partage la musique sur scène, mais promeut également sa création. Passionnée par les projets interdisciplinaires, la violoniste suisse a co-créé le court métrage L’Oiseau, produit par Le Hangar production et inspiré des Impressions d’enfance, op.28, de Georges Enescu, sorti en 2023. Ce projet est né d’une collaboration mêlant les univers du cinéma et de la musique. Elle a également travaillé avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui en 2022–2023 sur son ballet Ukiyo-e.
Lauréate du Jean Sibelius International Violin Competition et du Premier Prix du Václav Huml International Violin Competition, Amia a été artiste en résidence à la Chapelle Reine Elisabeth dans la classe d’Augustin Dumay, et a obtenu un master de soliste à la Haute École de Musique de Lausanne auprès de Svetlana Makarova. Elle a été formée dans sa jeunesse par Tedi Papavrami à Genève.
Elle se produit dans des salles et festivals prestigieux tels que le Musikverein, le Vienna Konzerthaus, le Bozar ou le Festival de La Roque-d’Anthéron, et joue avec des orchestres tels que le Helsinki Philharmonic Orchestra, le Tonkünstler Orchestra, le Lithuanian National Symphony Orchestra. Elle a également enregistré en 2023 l’Octuor d’Enescu chez Fuga Libera.
Amia joue un violon de 1645 de Niccolò Amati, prêté par la Maggini Foundation avec le soutien de LS Core.
À partir de l’année académique 2026, elle rejoint la LUCA School of Arts comme professeure de violon, et également la Zurich University of the Arts en tant qu’assistante d’Andreas Janke.
KOJIRO OKADA
Né à Bordeaux en 1999, Kojiro Okada commence le piano à sept ans auprès d’Anne-Lise Gastaldi. Très jeune, il se produit dans plusieurs salles prestigieuses, notamment à la Salle Pleyel en 2010 pour le bicentenaire de Chopin, au Théâtre du Châtelet en 2013, à la Philharmonie de Paris en 2022, puis au Concertgebouw d’Amsterdam et à La Seine Musicale en 2024. Il se produit également régulièrement à la Salle Cortot et à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds. Ses engagements internationaux comprennent deux tournées de musique de chambre en Amérique du Nord, en 2022 avec l’altiste Miguel da Silva, puis en mars 2025 avec plusieurs partenaires renommés. Il s’est récemment produit au Seoul Arts Center avec le violoniste Augustin Dumay dans l’intégrale des sonates de Brahms. Invité de nombreux festivals, parmi lesquels le Festival Chopin de Nohant, La Roque d’Anthéron, les Folles Journées de Nantes et les Sommets Musicaux de Gstaad, il est également régulièrement invité à Flagey à Bruxelles.
Passionné de musique de chambre, Kojiro a été pianiste du Trio Pantoum jusqu’en 2025, avec lequel il a enregistré chez La Dolce Volta. Il poursuit aujourd’hui une intense activité de soliste et de chambriste, notamment en duo avec son frère, le violoniste Shuichi Okada. Il a collaboré avec des artistes tels que Nicholas Angelich, Jean-Efflam Bavouzet, Frank Braley, Miguel da Silva, Gary Hoffman, Jian Wang, Bertrand Chamayou et Augustin Dumay.
Diplômé du CNSMD de Paris dans les classes d’Hortense Cartier-Bresson et de Florent Boffard, il est actuellement artiste en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, sous la direction de Frank Braley et Avedis Kouyoumdjian. Lauréat des Fondations Banque Populaire et Safran, il a remporté plusieurs distinctions internationales, dont les premiers prix des concours Gabriel Fauré et Società Umanitaria de Milan, ainsi que des prix au Concours Ricardo Viñes et au Japan Piano Open Competition.
DENIS LAVANT
Formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, Denis Lavant est une figure originale et puissante du cinéma français. Grand comédien de théâtre, Il a notamment travaillé avec Pierre Pradinas, Hans Peter Cloos, Bernard Sobel, Dan Jemmet, James Thierrée ou Jacques Osinski, avec lequel il travaille depuis plusieurs années autour de l’oeuvre de Samuel Beckett … Ayant pris goût très tôt à la poésie, il est également le porte-voix de nombreux poètes trop peu connus comme entendus, dont il lit régulièrement les oeuvres publiquement. Au cinéma, il est le comédien emblématique du réalisateur Leos Carax, depuis « Boy meets girl » en 1983 jusqu’à « Holy Motors » sorti en 2012, film phénomène du 65ème Festival de Cannes, dans lequel Denis Lavant endosse onze rôles à lui tout seul. Il a également joué, entre autres, sous la direction de Patrice Chéreau, Diane Kurys, Jean-Pierre Jeunet, Claude Lelouch, Claire Denis, Harmony Korine, Arnaud des Pallières, Wolfgang Becker, Dominique Rocher, Emiliy Atef, Pierre Schoeller, Philippe Lacôte, Mathieu Gérault. Et plus récemment avec le réalisateur suédois John Skoog pour son film « Redoubt », et François OZON pour « L’étranger ».
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